par mediarabe.info
La majorité parlementaire libanaise vient de perdre le quatrième de ses députés, et voit ses rangs diminuer à vue d’œil. Elle est consciente que l’objectif de ce
terrorisme, qui la vise exclusivement, est de la réduire et de lui enlever la majorité au Parlement, et renverser ainsi le gouvernement.
C’est en tout cas ce que viennent de souligner trois responsables de l’Alliance du 14 mars : Ahmad Fatfat (ministre de la Jeunesse et des Sports), les députés Waël Abou Faour et Samir Frangieh. Le journaliste Georges Al-Alam du quotidien « Assafir », pourtant pro-syrien, approuve cette analyse.
En effet, le système électoral au Liban est parlementaire. Ce sont les députés qui élisent le président de la République. Jusque là, les présidents étaient imposés par la force d’occupation du moment : 1982, l’influence israélo-américaine (consécutive à l’occupation par Tsahal de la moitié du pays) a favorisé les Gemayel (Bachir, assassiné le 14 septembre 1982, puis son frère Amine). En 1989, la Syrie qui venait d’étendre son occupation sur tout le Liban, a fait élire Elias Hraoui. En 2002, un scrutin parlementaire largement boycotté avait débouché sur une Chambre d’enregistrement dont le seul rôle était de valider les ordres de Damas. Le mandat de Hraoui (normalement de six ans) fut prorogé, en violation de la Constitution, de trois années supplémentaires. En 1998, le commandant en chef de l’armée, le général Emile Lahoud, a été désigné par Hafez Al-Assad pour succéder à Hraoui, avec une nouvelle violation de la Constitution.
Jamais deux sans trois : en 2004, la Constitution a encore été bafouée et le mandat de Lahoud a été prorogé d’un « demi-mandat ». Mais depuis, les événements ont modifié le cours de l’histoire. La Syrie a été contrainte à se retirer du Liban, militairement, en 2005, après l’assassinat de Rafic Hariri, crime qui lui est attribué. Les élections de 2005 ont dégagé une majorité hostile à Damas et qui revendique l’indépendance et la souveraineté du Liban. Mais cette majorité ne parvient pas à exercer le pouvoir en raison de la puissance militaire détenue par l’opposition, représentée notamment par le Hezbollah, et à cause du blocage systématique conduit par cette dernière
Aujourd’hui, à la veille des élections présidentielles (25 septembre), l’opposition menace de « tout faire pour empêcher la tenue du scrutin » et pour « empêcher la majorité d’imposer son candidat ». Mais les Prélats maronites réunis aujourd’hui même à Bkerké, siège du Patriarche Sfeïr, ont appelé tous les députés à assurer leur présence au Parlement, la semaine prochaine. Car, « boycotter la session parlementaire, sous quelque motif que ce soit, est une traîtrise pour le pays ».
La réponse fut immédiate. L’élimination d’un nouveau député de la majorité est censé l’affaiblir davantage et, au mieux, renvoyer la session du 25 septembre aux calendes grecques.
Le choix de la cible de cet énième attentat n’est pas dû au hasard. Antoine Ghanem est l’élu de la circonscription de Baabda-Aley, où l’électorat chiite est très imposant (une partie de la Banlieue Sud de Beyrouth en fait partie). Le vote du Hezbollah sera donc déterminant pour toute élection partielle destinée à pourvoir le siège vacant depuis l’assassinat de Ghanem. Son successeur devrait être de l’opposition, pense-t-on à Beyrouth.
Ainsi, peu à peu, le gouvernement perd ses hommes et risque de perdre l’appui de la majorité parlementaire, quand celle-ci n’en sera plus une. Avec un tel scénario, le Liban se retrouvera dans un vide constitutionnel, sans président, sans majorité, avec un rapport des forces largement favorable au Hezbollah et à l’opposition. Ceux-ci tenteront d’imposer une nouvelle équipe au pouvoir qui, à son tour, reviendra sur toutes les décisions prises par le gouvernement actuel, dont notamment les résolutions 1559, 1595 et 1701 du Conseil de sécurité de l’ONU. Parmi ses priorités figurera l’annulation de tous les décrets relatifs à la constitution d’un Tribunal international.
Un crime supplémentaire vient ainsi de confirmer, par une simple analyse des faits, des gestes et des déclarations, l’identité des auteurs des crimes passés et à venir, des crimes destinés à en faire oublier d’autres.
Khaled Asmar - Beyrouth
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