BEYROUTH (AFP) — Les appels se sont multipliés pour que le Parlement libanais tienne la semaine prochaine sa séance consacrée à l'élection présidentielle mais l'incertitude demeurait, samedi, sur un vote dans un climat alourdi par l'assassinat d'un député antisyrien.
Le président du Parlement, Nabih Berri, a assuré le doyen des députés Ghassan Tuéni qu'il serait présent à la séance convoquée pour mardi mais a prévenu: "Si le quorum n'est pas atteint, nous la reporterons", a rapporté la presse samedi.
Le scrutin doit se tenir dans les deux mois précédent l'expiration du mandat de l'actuel président prosyrien Emile Lahoud, le 24 novembre. Les députés élisent le président à la majorité des deux-tiers des députés au premier tour et à la majorité simple ensuite.
L'opposition, soutenue par Damas et Téhéran, interprète cette règle comme un quorum des deux-tiers, qui lui permettrait d'empêcher l'élection d'un candidat indésirable à ses yeux, car le camp antisyrien ne dispose que d'une majorité simple.
M. Berri, qui aussi est un des piliers de l'opposition, se démène pour trouver un candidat de consensus avec la majorité antisyrienne, une coalition qui regroupe son chef, Saad Hariri, le dirigeant druze Walid Joumblatt et le chrétien Samir Geagea, soutenue par les pays occidentaux, les Etats-Unis en tête, et des pays arabes menés par l'Arabie saoudite. Le Hezbollah chiite, dans l'oppostion, a menacé à plusieurs reprises de torpiller le quorum si une entente sur le nom du futur chef de l'Etat n'était pas acquise au préalable.
Le général chrétien Michel Aoun, seul candidat déclaré de l'opposition, s'estime le mieux placé, alors que les partis prosyriens considèrent que la seule planche de salut est l'adhésion à l'initiative de M. Berri. "Même avant l'assassinat, il était probable que la séance du 25 n'aurait pas pour but d'élire un président", a expliqué à l'AFP le juriste Ziad Baroud, en référence à l'attentat qui a coûté la vie mercredi au député Antoine Ghanem.
"Quelle que soit la capacité de nuisance du régime syrien et de ses alliés libanais, nous ne céderons pas et nous participerons d'une manière démocratique au scrutin présidentiel et nous dirons oui à un Liban souverain et libre", a déclaré M. Joumblatt, cité dans la presse samedi. Directement accusée par la majorité d'avoir trempé dans cet assassinat, la Syrie a démenti.
L'ancien président Amine Gemayel a affirmé vendredi que l'assassinat d'Antoine Ghanem, membre de son parti, les Kataëb, constituait une raison supplémentaire de respecter l'échéance. "Ton martyre nous incite à tenir l'élection présidentielle" a-t-il affirmé lors des funérailles.
M. Gemayel a mis en garde contre les intrigues autour de l'élection du président, un chrétien maronite en vertu de la tradition, estimant qu'elles ont "pour but de mettre fin au rôle des chrétiens au sommet de l'Etat".
Washington et Paris, principaux soutiens à la majorité, ont affirmé vendredi qu'ils ne permettraient pas que "des assassins" remettent en cause le scrutin.
Les chefs de la diplomatie des deux pays membres permanents du Conseil de sécurité de l'ONU, Bernard Kouchner et Condoleezza Rice, ont affirmé à Washington "crucial que l'élection présidentielle au Liban se déroule en accord avec les normes et le calendrier de la Constitution libanaise". Ils ont souligné qu'ils "veilleraient" avec leurs partenaires du Conseil de sécurité "à la protection de ce processus et du dialogue interlibanais".
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