Par Sibylle RIZK, Le Figaro
Les Libanais retrouvent leur casse-tête électoral.
DÈS LA FIN DE LA FÊTE du Fitr qui célèbre le dernier jour du mois du ramadan, les contacts devaient reprendre de plus belle entre l'opposition et la
majorité afin de résoudre l'épineux problème de l'élection présidentielle libanaise. À son retour d'une tournée à l'étranger où il a une nouvelle fois engrangé les soutiens de George Bush,
Nicolas Sarkozy, Ban Ki-moon et du roi Abdallah d'Arabie, le chef de la majorité, Saad Hariri, est censé entamer des négociations avec le président du Parlement, Nabih Berri, mandaté par
l'opposition, le président étant élu par les députés.
Le mot d'ordre officiel, de part et d'autre, est de respecter l'échéance constitutionnelle, en organisant le scrutin dans les délais, c'est-à-dire avant la fin
novembre. Une première séance parlementaire convoquée le 25 septembre a été ajournée au 23 octobre à défaut de quorum. Mais la plupart des observateurs s'accordent à dire que le nouveau
rendez-vous ne sera pas davantage concluant.
De fait, il règne encore un grand flou autour de la notion de candidat « de grand rassemblement » que tout le monde appelle de ses voeux, à l'instar
du président français cette semaine. Certains ténors de la majorité se disent même ouvertement opposés au principe d'un compromis, tel le Druze Walid Joumblatt, pour qui la majorité doit imposer
son homme et ne pas céder à ce qu'il qualifie de chantage criminel de la part de la Syrie, accusée de commanditer depuis trois ans des attentats meurtriers au Liban. D'autres sont persuadés de
pouvoir amener l'opposition à accepter un candidat « de compromis » émanant des rangs de la majorité. Personne ne se résout publiquement à ce stade à désigner un
« non-aligné ».
Risque de déliquescence de l'État
Deux raisons à cela : les candidats potentiels sont assez peu nombreux, ou alors leur neutralité est mise en doute ; et le risque est de porter atteinte à la
fonction présidentielle si le choix se porte sur une personnalité trop « consensuelle », un argument qui fait surtout mouche parmi les chrétiens à qui se poste
revient.
L'imbrication des enjeux régionaux et internationaux complique encore les choses, puisque derrière les parties libanaises, ce sont deux axes stratégiques opposés qui
cherchent à marquer des points. D'un côté, les États-Unis, alliés à l'Arabie saoudite et d'autres États arabes, sans oublier Israël. De l'autre, l'Iran et la Syrie, dont le principal appui au
Liban est le Hezbollah. À l'exception probable de Damas, tous semblent toutefois conscients du risque de déliquescence accéléré de l'État libanais si le scrutin n'a pas lieu. Or aucun des deux
camps n'est en mesure d'imposer sa volonté à l'autre. Les Forces du 14 mars sont certes majoritaires au Parlement, mais elles n'ont pas un nombre de députés suffisants pour assurer le quorum
des deux tiers, sans lequel l'opposition jugera l'élection illégitime.
Le patriarche maronite Nasrallah Sfeir a tenté une ultime mission de conciliation entre les leaders chrétiens de la majorité et de l'opposition, son souci étant
d'éviter que leur discorde n'accentue leur marginalisation politique. Mais, signe de la gravité des dissensions, il n'a pas réussi à les réunir tous en même temps et a dû les recevoir
successivement hier et avant-hier. (publié dand le Figaro le 13 octobre 2007)
Par Alexandre H.
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Publié dans : Liban
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