Liban

Jeudi 18 octobre 2007
Par AFP

anti_bug_fBEYROUTH - Amnesty international a appelé mercredi le Liban à mettre fin à la "discrimination systématique" dont souffrent les réfugiés palestiniens dans ce pays et dénoncé leurs conditions de vie "déplorables".

"L'organisation prie instamment le gouvernement libanais de prendre sans délai des mesures en vue d'éliminer toutes les formes de discrimination à l'égard des réfugiés palestiniens", selon ce rapport spécial de 31 pages.

L'organisation souligne les conditions de vie "déplorables" dans les 12 camps de réfugiés au Liban, causées selon elle par "la surpopulation et l'insuffisance des infrastructures".

"Ils vivent dans la misère, sans espoir d'améliorer leur vie quotidienne ou de rentrer à leur pays d'origine", déclare à l'AFP le co-auteur du rapport Mein Sammonds.

Dans le camp de Bourj el-Barajneh, dans la banlieue sud de Beyrouth, "la densité au kilomètre carré est plus élevée qu'à Hong Kong ou à Bombay", lit-on dans le rapport.

"La superficie des terrains alloués aux camps n'a pratiquement pas changé depuis 1948", date de l'exil de ces réfugiés après la création d'Israël, "malgré l'augmentation du nombre de réfugiés qui est passé de 100.000 en 1949 à 400.000 actuellement", selon Amnesty qui cite les estimations de l'Agence de l'ONU pour l'aide aux réfugiés de Palestine (Unrwa).

Amnesty précise toutefois que 100.000 d'entre eux ont probablement quitté le Liban pour gagner leur vie ailleurs.

"Plusieurs familles vivent entassées dans une seule pièce et la lumière du jour ne pénètre plus dans les ruelles de Aïn Héloué" (sud), le plus grand camp palestinien, où les logements sont des "taudis" insalubres et où les habitants "souffrent de troubles respiratoires", poursuit le rapport.

Des photos jointes au rapport montrent "des toits confectionnés avec des lattes de bois et de carton, des maisons en tôle ondulée", ainsi que des rues inondées en raison de l'insuffisance du réseau d'évacuation des eaux usées.

Critiquant ce qu'elle appelle la "ghettoïsation" des Palestiniens, l'organisation indique que ceux-ci sont exclus de 20 professions et du droit de propriété de biens immobiliers et ne peuvent pas accéder à la sécurité sociale et aux services médicaux de l'Etat.

Malgré la levée de l'interdiction sur 50 professions, "l'obtention d'un permis de travail reste limité, car il coûte des centaines de dollars", déplore M. Sammonds.

"En 2006, seuls 39 réfugiés palestiniens ont obtenu un permis de travail, ce qui représente un chiffre risible comparé aux milliers de Palestiniens vivant dans la misère", ajoute-t-il.

La situation de certains réfugiés s'est aggravée, notamment après les combats entre l'armée au Fatah al-Islam du 20 mai au 2 septembre dans le camp de Nahr al-Bared, obligeant ses 31.000 habitants à se réfugier dans le camp voisin de Baddaoui.

L'organisation salue toutefois l'attitude du gouvernement de Fouad Siniora à l'égard des réfugiés, notamment après les combats de Nahr al-Bared.

"Comparé à ses prédécesseurs, le gouvernement de Fouad Siniora a montré une plus grande détermination pour inscrire cette question à son ordre du jour", explique M. Sammonds.

Autre problème: celui des réfugiés sans-papiers dont le nombre varie entre 3.000 et 5.000. Ceux-ci ne sont enregistrés ni auprès de l'Unrwa ni auprès de l'Etat Libanais et il s'agit de la catégorie la plus pauvre parmi les réfugiés, selon M. Sammonds.

Par Alexandre H.
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Mercredi 17 octobre 2007
Par Sibylle RIZK, Le Figaro

Les Libanais retrouvent leur casse-tête électoral.

 
DÈS LA FIN DE LA FÊTE du Fitr qui célèbre le dernier jour du mois du ramadan, les contacts devaient reprendre de plus belle entre l'opposition et la majorité afin de résoudre l'épineux problème de l'élection présidentielle libanaise. À son retour d'une tournée à l'étranger où il a une nouvelle fois engrangé les soutiens de George Bush, Nicolas Sarkozy, Ban Ki-moon et du roi Abdallah d'Arabie, le chef de la majorité, Saad Hariri, est censé entamer des négociations avec le président du Parlement, Nabih Berri, mandaté par l'opposition, le président étant élu par les députés.
 
Le mot d'ordre officiel, de part et d'autre, est de respecter l'échéance constitutionnelle, en organisant le scrutin dans les délais, c'est-à-dire avant la fin novembre. Une première séance parlementaire convoquée le 25 septembre a été ajournée au 23 octobre à défaut de quorum. Mais la plupart des observateurs s'accordent à dire que le nouveau rendez-vous ne sera pas davantage concluant.
 
De fait, il règne encore un grand flou autour de la notion de candidat « de grand rassemblement » que tout le monde appelle de ses voeux, à l'instar du président français cette semaine. Certains ténors de la majorité se disent même ouvertement opposés au principe d'un compromis, tel le Druze Walid Joumblatt, pour qui la majorité doit imposer son homme et ne pas céder à ce qu'il qualifie de chantage criminel de la part de la Syrie, accusée de commanditer depuis trois ans des attentats meurtriers au Liban. D'autres sont persuadés de pouvoir amener l'opposition à accepter un candidat « de compromis » émanant des rangs de la majorité. Personne ne se résout publiquement à ce stade à désigner un « non-aligné ».
 
Risque de déliquescence de l'État
 
Deux raisons à cela : les candidats potentiels sont assez peu nombreux, ou alors leur neutralité est mise en doute ; et le risque est de porter atteinte à la fonction présidentielle si le choix se porte sur une personnalité trop « consensuelle », un argument qui fait surtout mouche parmi les chrétiens à qui se poste revient.
 
L'imbrication des enjeux régionaux et internationaux complique encore les choses, puisque derrière les parties libanaises, ce sont deux axes stratégiques opposés qui cherchent à marquer des points. D'un côté, les États-Unis, alliés à l'Arabie saoudite et d'autres États arabes, sans oublier Israël. De l'autre, l'Iran et la Syrie, dont le principal appui au Liban est le Hezbollah. À l'exception probable de Damas, tous semblent toutefois conscients du risque de déliquescence accéléré de l'État libanais si le scrutin n'a pas lieu. Or aucun des deux camps n'est en mesure d'imposer sa volonté à l'autre. Les Forces du 14 mars sont certes majoritaires au Parlement, mais elles n'ont pas un nombre de députés suffisants pour assurer le quorum des deux tiers, sans lequel l'opposition jugera l'élection illégitime.
 
Le patriarche maronite Nasrallah Sfeir a tenté une ultime mission de conciliation entre les leaders chrétiens de la majorité et de l'opposition, son souci étant d'éviter que leur discorde n'accentue leur marginalisation politique. Mais, signe de la gravité des dissensions, il n'a pas réussi à les réunir tous en même temps et a dû les recevoir successivement hier et avant-hier. (publié dand le Figaro le 13 octobre 2007)
Par Alexandre H.
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Mardi 25 septembre 2007
par Thierry Oberlé, Le Figaro

FOUAD SAAD, le député des contreforts du Mont-Liban, région mixte peuplée de chiites, de chrétiens et de Druzes, se sent en danger. Membre de la coalition dite du 14 mars (antisyrienne), il partageait la circonscription d'Aley-Baabdat avec son camarade Antoine Ghanem, tué la semaine dernière dans un attentat.
 
La victime venait de passer deux mois dans un pays du Golfe pour fuir les menaces. Informés de son retour, les tueurs l'ont piégé à la première occasion, à cause d'un rendez-vous qui a duré quelques minutes de trop. « Nous avions été élus, moi comme lui, en 2005, avec les voix du Hezbollah. Les assassins qui agissent pour les Syriens sont convaincus qu'en nous assassinant, ils vont récupérer nos sièges, affirme-t-il. Les élus chrétiens du secteur sont particulièrement visés et je suis l'un d'eux. »
 
En état de siège
 
Dès le lendemain du meurtre, Fouad Saad s'est réfugié dans une annexe de l'hôtel Phoenicia Intercontinental, un gigantesque complexe qui comprend trois tours luxueuses.
 
Reconstruit après la guerre dans un style année 1920, l'établissement est en état de siège. Il faut passer plusieurs contrôles, fouler le tapis rouge d'un escalier monumental, avant de parvenir, au détour d'un ascenseur, devant la suite du parlementaire. La chambre de réception est surveillée par un garde du corps.
 
« Je suis confiné, comme la plupart de mes collègues de la majorité, dans une cage dorée. Les procédures pour recevoir des visiteurs sont lourdes, » commente Fouad Saad. Pessimiste, il craint le pire. « Aucun endroit n'est sûr. Si nous restons enfermés dans cet hôtel durant plusieurs semaines, ils trouveront un moyen d'atteindre l'un de nous. Nous sommes en permanence sur le qui-vive. Nous vivons dans la peur avec au-dessus de nous une épée de Damoclès. »
 
Ce matin, les députés de la majorité antisyrienne devraient se rendre en convoi, par une route sécurisée, jusqu'au Parlement distant de quelques centaines de mètres. Seuls les principaux leaders de l'alliance du 14 mars et quelques individualités ont prévu de se rendre par leurs propres moyens à la Chambre.
 
« Nous avons loué une aile de l'hôtel Phoenicia pour s'en servir de base de repli, en sachant que le processus électoral va être long » explique Marwan Hamadé, qui fut en 2004 la première personnalité antisyrienne cible d'un attentat.
 
Chaque suite accueille plusieurs parlementaires contraints au désoeuvrement. « Il y a des conciliabules dans les couloirs. On discute, on lit, on suit les informations pour passer le temps » indique Fouad Saad.
 
Forcés depuis des mois de « jouer au chat et à la souris avec les assassins », les 68 députés de la coalition conduite par Saad Hariri oscillent entre fatalisme et fureur. « C'est à la fois bizarre et absurde de prendre des semaines pour élire un président en cherchant une solution à la libanaise alors que nous sommes engagés contre notre gré dans une interminable partie de roulette russe », peste Elias Attalah, un élu de la gauche démocratique.

Th. O.

NB L'élection présidentielle a été repoussée au 23 octobre, faut de consensus entre la majorité et l'opposition. Le Parlement a jusqu'au 24 novembre pour élire un successeur au pro-syrien Emile Lahoud.
Par Alexandre H.
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Dimanche 23 septembre 2007

BEYROUTH (AFP) — Les appels se sont multipliés pour que le Parlement libanais tienne la semaine prochaine sa séance consacrée à l'élection présidentielle mais l'incertitude demeurait, samedi, sur un vote dans un climat alourdi par l'assassinat d'un député antisyrien.

Le président du Parlement, Nabih Berri, a assuré le doyen des députés Ghassan Tuéni qu'il serait présent à la séance convoquée pour mardi mais a prévenu: "Si le quorum n'est pas atteint, nous la reporterons", a rapporté la presse samedi.

Le scrutin doit se tenir dans les deux mois précédent l'expiration du mandat de l'actuel président prosyrien Emile Lahoud, le 24 novembre. Les députés élisent le président à la majorité des deux-tiers des députés au premier tour et à la majorité simple ensuite.

L'opposition, soutenue par Damas et Téhéran, interprète cette règle comme un quorum des deux-tiers, qui lui permettrait d'empêcher l'élection d'un candidat indésirable à ses yeux, car le camp antisyrien ne dispose que d'une majorité simple.

M. Berri, qui aussi est un des piliers de l'opposition, se démène pour trouver un candidat de consensus avec la majorité antisyrienne, une coalition qui regroupe son chef, Saad Hariri, le dirigeant druze Walid Joumblatt et le chrétien Samir Geagea, soutenue par les pays occidentaux, les Etats-Unis en tête, et des pays arabes menés par l'Arabie saoudite. Le Hezbollah chiite, dans l'oppostion, a menacé à plusieurs reprises de torpiller le quorum si une entente sur le nom du futur chef de l'Etat n'était pas acquise au préalable.

Le général chrétien Michel Aoun, seul candidat déclaré de l'opposition, s'estime le mieux placé, alors que les partis prosyriens considèrent que la seule planche de salut est l'adhésion à l'initiative de M. Berri. "Même avant l'assassinat, il était probable que la séance du 25 n'aurait pas pour but d'élire un président", a expliqué à l'AFP le juriste Ziad Baroud, en référence à l'attentat qui a coûté la vie mercredi au député Antoine Ghanem.

"Quelle que soit la capacité de nuisance du régime syrien et de ses alliés libanais, nous ne céderons pas et nous participerons d'une manière démocratique au scrutin présidentiel et nous dirons oui à un Liban souverain et libre", a déclaré M. Joumblatt, cité dans la presse samedi. Directement accusée par la majorité d'avoir trempé dans cet assassinat, la Syrie a démenti.

L'ancien président Amine Gemayel a affirmé vendredi que l'assassinat d'Antoine Ghanem, membre de son parti, les Kataëb, constituait une raison supplémentaire de respecter l'échéance. "Ton martyre nous incite à tenir l'élection présidentielle" a-t-il affirmé lors des funérailles.

M. Gemayel a mis en garde contre les intrigues autour de l'élection du président, un chrétien maronite en vertu de la tradition, estimant qu'elles ont "pour but de mettre fin au rôle des chrétiens au sommet de l'Etat".

Washington et Paris, principaux soutiens à la majorité, ont affirmé vendredi qu'ils ne permettraient pas que "des assassins" remettent en cause le scrutin.

Les chefs de la diplomatie des deux pays membres permanents du Conseil de sécurité de l'ONU, Bernard Kouchner et Condoleezza Rice, ont affirmé à Washington "crucial que l'élection présidentielle au Liban se déroule en accord avec les normes et le calendrier de la Constitution libanaise". Ils ont souligné qu'ils "veilleraient" avec leurs partenaires du Conseil de sécurité "à la protection de ce processus et du dialogue interlibanais".


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Vendredi 21 septembre 2007
Interview de Farid Aïchoune, journaliste au Nouvel Observateur. http://tempsreel.nouvelobs.com

Le député phalangiste Antoine Ghanem est la huitième personnalité anti-syrienne assassinée depuis deux ans et demi. Comment expliquer ces meurtres en série ?

- J’apporterai tout de suite une correction : quasiment tous les membres de la classe politique libanaise, que ce soit du côté de l’opposition ou du gouvernement, ont été, à un moment donné, des partisans de la Syrie. Par exemple, le leader druze Walid Jumblatt a été pro-syrien pendant longtemps. Il faut bien comprendre que, dans ce pays, il est courant de retourner sa veste. Ils sont peu, comme le général Michel Aoun, paradoxalement allié du Hezbollah, à n’avoir jamais été pro-syriens.
La question au Liban est donc plus complexe : qui tue qui, qui veut déstabiliser le pays, qui veut la mort du Liban ? D’abord les Syriens. A ce titre, il ne faut pas oublier d’une part qu’historiquement le Liban appartenait à la Syrie et qu’il lui a été arraché, et que d’autre part ce sont les chrétiens qui ont appelé la Syrie à la rescousse pendant la guerre civile. Israël, l’Arabie Saoudite, l’Iran, les Etats-Unis et la France, qui se complait dans ses fantasmes néocoloniaux, ont aussi chacun des intérêts en jeu. Il est très probable qu’une grande partie des attentats ait été fomentée par la Syrie. Mais il faut rappeler aussi que pour l’attentat le plus « important », celui de Rafic Hariri, on n’a toujours aucune preuve contre Damas. Donc, restons prudents.
Le Liban est un pays compliqué, grand comme la Seine et Marne mais qui cristallise toutes les contradictions du monde arabe avec la question de la modernité, de la laïcité, de la multiplication des religions, du rapport entre les communautés… De par sa constitution, ce pays porte en lui les germes de la division : le chef d’Etat doit être chrétien maronite, le premier ministre musulman sunnite, le président du parlement musulman chiite et le chef de l’état-major des armées doit être chrétien. D’autre part, ces communautés sont elles-mêmes divisées : il y a des divisions au sein des chrétiens et au sein des musulmans. Le pays vit en se moment la crise la plus grave depuis la fin de la guerre civile. Et dans les lignes de cette fracture, on retrouve les anciens protagonistes de la guerre civile. Il y a de vieilles revanches. Résultat, la classe politique est discréditée. Dans la rue, on entend souvent ce commentaire : « nous faisons la guerre des autres pour les autres »…

Pourquoi tuer des personnalités politiques ?

- Pour ajouter de la crise à la crise. De plus cela entraîne, moins d’une semaine avant les élections présidentielles, un problème de légalité du quorum.
Finalement, on peut se demander si l’armée ne va pas finir par jouer un rôle… Cela reste une hypothèse. Le commandant en chef de l’armée libanaise, le général et chrétien Michel Sleiman a toujours appliqué une stricte neutralité qui pourrait être aujourd’hui une alternative sur le plan politique.

Le Premier ministre a demandé de l’aide à l’ONU pour enquêter sur le meurtre d’Antoine Ghanem. Pourquoi faire appel aux Nations unies ?

- Si le gouvernement fait appel à l’ONU c’est parce qu’il veut internationaliser le conflit. C’est une tactique politicienne. L’opposition, au contraire, refuse d’être mise ainsi sous tutelle internationale. Il n’est pas sûr d’ailleurs que ce soit une bonne idée de confier à d’autres le soin de mener l’enquête : on se souvient que le procureur Detlev Melhis, chargé de l’enquête sur l’assassinat de Rafic Hariri, a dû démissionner, son travail ayant été discrédité par l’utilisation d’un faux témoin visant à accuser Damas. Il a été remplacé par un nouveau magistrat, le belge Serge Brammertz.
Mieux vaut une initiative comme celle de Kouchner et de l’ambassadeur français au Liban Cousseran : ils avaient réussi à réunir tous les protagonistes à Paris.

Propos recueillis par Sarah Halifa-Legrand
(le jeudi 20 septembre 2007)
Par Alexandre H.
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Mercredi 19 septembre 2007

par mediarabe.info

La majorité parlementaire libanaise vient de perdre le quatrième de ses députés, et voit ses rangs diminuer à vue d’œil. Elle est consciente que l’objectif de ce terrorisme, qui la vise exclusivement, est de la réduire et de lui enlever la majorité au Parlement, et renverser ainsi le gouvernement.

C’est en tout cas ce que viennent de souligner trois responsables de l’Alliance du 14 mars : Ahmad Fatfat (ministre de la Jeunesse et des Sports), les députés Waël Abou Faour et Samir Frangieh. Le journaliste Georges Al-Alam du quotidien « Assafir », pourtant pro-syrien, approuve cette analyse.

En effet, le système électoral au Liban est parlementaire. Ce sont les députés qui élisent le président de la République. Jusque là, les présidents étaient imposés par la force d’occupation du moment : 1982, l’influence israélo-américaine (consécutive à l’occupation par Tsahal de la moitié du pays) a favorisé les Gemayel (Bachir, assassiné le 14 septembre 1982, puis son frère Amine). En 1989, la Syrie qui venait d’étendre son occupation sur tout le Liban, a fait élire Elias Hraoui. En 2002, un scrutin parlementaire largement boycotté avait débouché sur une Chambre d’enregistrement dont le seul rôle était de valider les ordres de Damas. Le mandat de Hraoui (normalement de six ans) fut prorogé, en violation de la Constitution, de trois années supplémentaires. En 1998, le commandant en chef de l’armée, le général Emile Lahoud, a été désigné par Hafez Al-Assad pour succéder à Hraoui, avec une nouvelle violation de la Constitution.

Jamais deux sans trois : en 2004, la Constitution a encore été bafouée et le mandat de Lahoud a été prorogé d’un « demi-mandat ». Mais depuis, les événements ont modifié le cours de l’histoire. La Syrie a été contrainte à se retirer du Liban, militairement, en 2005, après l’assassinat de Rafic Hariri, crime qui lui est attribué. Les élections de 2005 ont dégagé une majorité hostile à Damas et qui revendique l’indépendance et la souveraineté du Liban. Mais cette majorité ne parvient pas à exercer le pouvoir en raison de la puissance militaire détenue par l’opposition, représentée notamment par le Hezbollah, et à cause du blocage systématique conduit par cette dernière

Aujourd’hui, à la veille des élections présidentielles (25 septembre), l’opposition menace de « tout faire pour empêcher la tenue du scrutin » et pour « empêcher la majorité d’imposer son candidat ». Mais les Prélats maronites réunis aujourd’hui même à Bkerké, siège du Patriarche Sfeïr, ont appelé tous les députés à assurer leur présence au Parlement, la semaine prochaine. Car, « boycotter la session parlementaire, sous quelque motif que ce soit, est une traîtrise pour le pays ».

La réponse fut immédiate. L’élimination d’un nouveau député de la majorité est censé l’affaiblir davantage et, au mieux, renvoyer la session du 25 septembre aux calendes grecques.

Le choix de la cible de cet énième attentat n’est pas dû au hasard. Antoine Ghanem est l’élu de la circonscription de Baabda-Aley, où l’électorat chiite est très imposant (une partie de la Banlieue Sud de Beyrouth en fait partie). Le vote du Hezbollah sera donc déterminant pour toute élection partielle destinée à pourvoir le siège vacant depuis l’assassinat de Ghanem. Son successeur devrait être de l’opposition, pense-t-on à Beyrouth.

Ainsi, peu à peu, le gouvernement perd ses hommes et risque de perdre l’appui de la majorité parlementaire, quand celle-ci n’en sera plus une. Avec un tel scénario, le Liban se retrouvera dans un vide constitutionnel, sans président, sans majorité, avec un rapport des forces largement favorable au Hezbollah et à l’opposition. Ceux-ci tenteront d’imposer une nouvelle équipe au pouvoir qui, à son tour, reviendra sur toutes les décisions prises par le gouvernement actuel, dont notamment les résolutions 1559, 1595 et 1701 du Conseil de sécurité de l’ONU. Parmi ses priorités figurera l’annulation de tous les décrets relatifs à la constitution d’un Tribunal international.

Un crime supplémentaire vient ainsi de confirmer, par une simple analyse des faits, des gestes et des déclarations, l’identité des auteurs des crimes passés et à venir, des crimes destinés à en faire oublier d’autres.

Khaled Asmar - Beyrouth

Par Alexandre H.
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