Culture - Société

Mercredi 17 octobre 2007 3 17 10 2007 19:47
Par AFP

L'excision, ablation partielle ou totale des organes génitaux externes féminins, reste très répandue en Egypte malgré le récent sursaut des autorités politiques et religieuses.

Cette pratique ancestrale touche 96,6% des Egyptiennes, musulmanes ou chrétiennes, selon une étude menée par le bureau gouvernemental de la démographie en 2005 sur des femmes de 15 à 49 ans.

L'excision est appliquée par "toutes les couches sociales, dans les zones urbaines comme dans les zones rurales" en Egypte, selon l'Unicef, qui a appelé en septembre à maintenir la pression dans ce pays contre cette tradition.

Pour tenter d'éradiquer le phénomène, le ministre égyptien de la Santé, Hatem al-Gabali, a interdit fin juin par décret à tout médecin et à tout membre du corps médical, aussi bien dans les établissements publics que privés, de pratiquer l'excision.

Parallèlement, un projet de loi qui durcira les sanctions contre cette pratique doit être présenté à la rentrée parlementaire en novembre, après le décès de deux adolescentes de 12 et 13 ans cet été.

Le gouvernement avait déjà interdit il y a plus de 10 ans l'excision, mais une dérogation avait été accordée aux médecins qui pouvaient toujours la pratiquer "en cas de maladie". Cette pratique s'est depuis poursuivie à très large échelle.

Selon l'Unicef, l'excision est pratiquée dans 75% des cas en Egypte par le personnel médical dans des cliniques et par conséquent de moins en moins par des femmes âgées à domicile.

Le cheikh d'Al-Azhar, Mohammed Sayyed Tantaoui, principale autorité de l'islam sunnite, ainsi que le patriarche de l'Eglise copte Chenouda III ont martelé à plusieurs reprises que l'excision n'avait aucune base dans les textes religieux musulmans ou chrétiens.

Cette pratique, classée comme mutilation génitale féminine par l'Organisation mondiale de la santé (OMS), est surtout présente dans 28 pays d'Afrique, mais d'autres pays sont concernés comme le Yémen.

La forme la plus répandue de l'excision est l'ablation du clitoris et des petites lèvres. La plus extrême est l'infibulation, avec ablation du clitoris, des petites et grandes lèvres et suture de l'orifice vaginal.

D'après l'OMS, les conséquences de l'excision sont immédiates et à long terme: douleur, hémorragie, rétention d'urine, infections, relations sexuelles douloureuses et problèmes pendant l'accouchement.

Mais les mutilations sexuelles, poursuit l'OMS, peuvent aussi marquer à vie la mémoire de celles qui les ont subies, qui souffrent alors d'angoisse et de dépression.
Par Alexandre H.
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Dimanche 14 octobre 2007 7 14 10 2007 18:18

Par Robert Solé, Le Monde

Repérer, percer et vider les abcès de ses concitoyens, c'est la spécialité du docteur Alaa El Aswany. Ce solide quinquagénaire - 50 ans tout rond - l'exerce de deux manières : comme chirurgien-dentiste et comme écrivain.

Sa journée commence très tôt, au Caire, sur un clavier d'ordinateur, pour se poursuivre dans son cabinet, à partir de 10 h 30, avec fraise, roulette et pinces en tout genre. L'énorme succès de L'Immeuble Yacoubian (Actes Sud, 2006), dans le monde arabe comme en Europe, l'a incité à écrire un nouveau roman. Mais, cette fois, pour ausculter les Egyptiens, le docteur El Aswany s'est rendu... à Chicago, la ville d'Amérique où il avait décroché naguère un diplôme d'odontologie. Ses personnages sont pour la plupart des expatriés, complétant leurs études dans la capitale de l'Illinois ou s'y étant établis définitivement.
 
Rien n'est plus étranger aux Egyptiens que l'émigration. Sédentaires dans l'âme, ils sont soudés à la vallée du Nil depuis des millénaires. Ce n'est qu'à partir des années 1970, pour des raisons économiques principalement, qu'un certain nombre d'entre eux ont été amenés à vivre à l'étranger. Alaa El Aswany lui-même a failli s'établir en Nouvelle-Zélande, avec femme et enfants, avant que le succès inattendu de L'Immeuble Yacoubian ne transforme son existence.

"J'étais désespéré, dit-il, de ne pouvoir réaliser mon rêve de toujours : être écrivain." Dix ans d'impasses et de souffrance, dues à son incapacité à faire vivre des personnages de façon satisfaisante. Le dentiste sait désormais comment procéder : les étudier sous toutes les coutures avant d'écrire la première ligne. "J'établis un fichier sur chacun d'eux, explique-t-il. Je finis par connaître la couleur de leurs cheveux, leurs grimaces quand ils sont en colère, la marque de leurs cigarettes... Ce sont alors des personnages vivants, qui vont prendre leur envol et m'échapper. Dans l'un des derniers chapitres de Chicago, j'ignorais comment le docteur Saleh allait se comporter. J'ai été très triste de sa réaction, à laquelle je ne m'attendais pas..."

Grâce à La Bruyère, découvert à l'âge de 12 ans, Alaa El Aswany a appris à "dessiner un personnage avec des mots". Il a fait la plus grande partie de ses études à l'ex-lycée français de Bab El-Louq, au Caire. Cet établissement en décadence, nationalisé après la désastreuse équipée de Suez en 1956, avait encore quelques beaux restes : de jeunes coopérants français suppléaient tant bien que mal les grands professeurs d'antan.

L'écriture d'Alaa El Aswany est autant marquée par son éducation francophone que par sa formation scientifique. C'est vif, nerveux, sans les digressions stylistiques de tant d'auteurs arabes, emportés par leur verbe. Il faut dire aussi que l'auteur de L'Immeuble Yacoubian et de Chicago a été servi par un traducteur hors pair : Gilles Gauthier, ancien consul de France à Alexandrie, devenu ambassadeur au Yémen, et lui-même écrivain.

"La littérature a toujours été mon seul et unique rêve", affirme le chirurgien-dentiste. Son père, homme de lettres et avocat, l'avait mis en garde : "Jamais tu ne pourras vivre de ta plume. Fais de la littérature ta préoccupation première, mais trouve-toi un travail." Il l'a trouvé, tout en ne pensant qu'à écrire. Lors de son séjour à Chicago en 1985-1986, il engrangeait des images, persuadé de les utiliser un jour dans un roman. Mais, entre-temps, il y a eu les désillusions palestiniennes, le 11-Septembre, la guerre en Irak... Les relations américano-arabes se sont dégradées, parallèlement à la montée du radicalisme religieux.

La religion est omniprésente parmi les étudiants égyptiens de Chicago, comme sur les bords du Nil. Comment se fait-il que l'Egypte ait basculé dans ce climat étouffant et aliénant ? Pourquoi "les idées réactionnaires" s'y développent-elles "comme une épidémie" ? Alaa El Aswany répond par la bouche d'un personnage de son roman : "La répression, la misère, l'absence de tout objectif national... Les Egyptiens ont perdu tout espoir en la justice sur cette terre et ils l'attendent de l'au-delà. Ce qui se répand maintenant en Egypte, ce n'est pas de la religiosité réelle, mais une dépression nerveuse collective, accompagnée d'exhibitionnisme religieux."

Dans Chicago, on trouve tout ce qui peut choquer un musulman rigoriste, à commencer par la sexualité féminine. Le roman a été publié en feuilleton dans le quotidien Al- Doustour. Dès le premier épisode, les protestations ont fusé. "Si la jeune fille voilée a une relation sexuelle hors mariage, prends garde à toi !" menaçait régulièrement un lecteur... Alaa El Aswany est passé outre, quitte à répondre à une pleine page de courrier dans ce journal. "Quand j'écris, affirme-t-il, je n'ai plus peur de rien. L'écriture et la peur sont contradictoires. On ne peut pas écrire et calculer."

A vrai dire, ce ne sont pas tant les islamistes qui sont malmenés dans Chicago que les dirigeants politiques égyptiens et tout l'appareil d'Etat. Alaa El Aswany est sans pitié pour le pouvoir. Le sinistre Safouat Chaker, ancien tortionnaire, qui incarne la violence et la corruption, affirme : "Il n'y a que trois choses au monde qui préoccupent un Egyptien : sa religion, son gagne-pain et ses enfants, mais la plus importante, c'est la religion. La seule chose qui peut pousser les Egyptiens à se révolter, c'est que quelqu'un attaque leur religion." Et son homme de main, Ahmed Danana, président de l'Union des étudiants égyptiens en Amérique, souligne tout aussi froidement "l'obligation pour les musulmans d'obéir à leurs dirigeants, même s'ils les oppriment, aussi longtemps qu'ils attestent qu'il n'y a de Dieu que Dieu et que Mohamed est son Prophète".

Alaa El Aswany, militant d'opposition, membre du mouvement Kefaya ("Ça suffit !"), se défend de mélanger la littérature et l'action politique. Mais où passe la frontière ? Et comment démêler ses propres réactions de celles de ses personnages ? "En tant que médecin, affirme-t-il, je sais qu'il ne faut pas soigner les complications, mais la maladie. La maladie du monde arabe, c'est la dictature. Intégrisme et corruption n'en sont que des complications." L'un des personnages de Chicago le dit de manière plus directe : "L'extrémisme religieux est le résultat direct de la répression politique."

Un postulat qui mérite sans doute d'être nuancé. En tout cas, pour Alaa El Aswany, rien ne justifie l'absence de démocratie. Qu'on ne lui dise pas que des analphabètes sont incapables d'exercer leur rôle de citoyen : "L'analphabétisme n'est pas en contradiction avec la pratique de la démocratie. Les hommes n'ont pas besoin d'un diplôme universitaire pour savoir que leurs dirigeants sont corrompus et tyranniques."

Dictature ou pas, Alaa El Aswany s'exprime librement en Egypte, dans ses romans comme dans ses articles. Il a été aidé par le succès de L'Immeuble Yacoubian, et le film qu'en a tiré Marwan Hamed avec le concours de quelques-uns des plus grands acteurs égyptiens. Si le climat politique actuel le révolte - le rédacteur en chef d'Al-Doustour vient d'être condamné à un an de prison pour avoir publié "de fausses informations" -, l'avenir ne l'inquiète pas. "Un jour, dit-il, les dictatures arabes disparaîtront, mais les bons romans resteront."

Par Alexandre H.
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Jeudi 4 octobre 2007 4 04 10 2007 23:19
Publié sur lorient-lejour.com

Le milieu égyptien du cinéma, opposé à la « normalisation » avec Israël, s’est mobilisé pour barrer la route de festivals arabes, du Caire à Abou Dhabi, au film israélien « La visite de la fanfare », salué à Cannes comme à Munich.
C’est un refus, sans appel, qui a été opposé par les organisateurs du Festival international du Caire au film du cinéaste israélien Eran Kolirin, qui raconte la saga d’un orchestre égyptien en Israël. « Hors de question qu’un film israélien soit présenté ici », a dit à l’AFP Soheir Abdel Kader, vice-présidente du Festival du Caire, le plus ancien du monde arabe.
C’est via les représentants en Allemagne, non nommés, du festival qu’une demande de présentation de La visite de la fanfare à la 31e édition, du 27 novembre au 7 décembre, avait été faite. « Ils ne feront plus partie de nos contacts, nous n’avons même pas répondu à leur courriel, ils auraient dû savoir que nous sommes opposés à la présentation d’un film israélien », a-t-elle précisé.
Un front « antinormalisation » s’est imposé sans faille dans les milieux culturels, refusant tout contact avec des artistes et intellectuels israéliens, à rebours de l’accord de paix signé en 1979 entre l’Égypte et Israël.
Trois membres du comité de sélection ont toutefois visionné, mais « à titre personnel », une copie de ce film, qui a déjà été présenté et salué par le public et la critique aux derniers festivals de Cannes et de Munich. Cette comédie montre les tribulations d’une fanfare de la police d’Alexandrie (Nord) invitée dans une cité perdue du désert du Néguev, avec rencontres improbables et chaleureuses entre musiciens égyptiens et citoyens israéliens. Plaidoyer « ardent et humain » en faveur de la paix, selon son jeune réalisateur, le film a été largement primé en Israël et vient d’être sélectionné par l’Académie européenne du film.
Si ce film à la distribution judéo-arabe est très mal venu en Égypte, il aurait fait l’objet d’une invitation du Festival du film d’Abou Dhabi, qui se tient du 7 au 12 octobre, avant celui du Caire. Bien que la liste officielle des 12 films de fiction sélectionnés n’en fasse pas mention, il avait bien été retenu, selon le quotidien israélien Yedioth Aharonot, déclenchant la fureur des syndicats d’artistes égyptiens. « L’escouade israélienne s’est préparée à attaquer les festivals arabes », s’insurge le magazine égyptien Rose al-Youssef, pour qui La visite de la fanfare aurait fait partie d’un complot bien orchestré. Certains cercles pensent que le ministre de la Culture, Farouk Hosni, pourrait intervenir en faveur du film israélien car il est candidat au poste de patron de l’Unesco, prétend ce journal, précisant que le ministère a démenti. Lors d’une réunion d’urgence mardi, les trois associations professionnelles du spectacle sont convenues de lancer une menace de boycottage du festival de cet émirat si le film La visite de la fanfare était présenté. « C’est clair, nous ne participerons à aucun festival arabe si un film israélien est présenté », a déclaré à l’AFP Achraf Zaki, secrétaire général du syndicat égyptien des acteurs.
Par Alexandre H.
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander

Présentation

Créer un Blog

Recherche

Calendrier

Décembre 2009
L M M J V S D
  1 2 3 4 5 6
7 8 9 10 11 12 13
14 15 16 17 18 19 20
21 22 23 24 25 26 27
28 29 30 31      
<< < > >>
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus